Naufrage du brick Jacques au large de Kerlouan, janvier 1840
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Une nuit de tempête, le naufrage du « Jacques » au large de kerlouan

Le 24 janvier 1840, au petit matin, la mer au large de Kerlouan a rappelé à tous sa puissance implacable. Le Jacques, un brick marchand parti de Calais, venait de se briser contre les rochers de la pointe d’Enez Amann ar Rouz. Ces rochers avaient déjà causé d’autres drames, comme le naufrage de la Fanny à Kerlouan. Si l’équipage a vécu une nuit d’angoisse absolue, la suite des événements sur le rivage offre un portrait saisissant de la vie côtière de l’époque.

Le Jacques lutte contre les flots

Tout commence par une nuit de tempête « épouvantable ». Le capitaine Guichon et ses hommes ont lutté des heures durant, maintenant le navire à la cape pour ne pas sombrer. Mais vers quatre heures du matin, le sort en est jeté : le navire talonne brutalement.

Dans le chaos de l’évacuation, alors qu’une vague emporte la chaloupe, c’est une simple corde restée coincée au gouvernail qui sauve l’équipage. Un miracle de fortune. Le capitaine et deux marins, restés à bord jusqu’au dernier instant, finissent par sauter dans l’écume et rejoignent leurs camarades de justesse avant que le navire ne disparaisse. Après deux heures d’une dérive épuisante, à vider l’eau avec des seaux et à ramer avec ce qu’il restait d’avirons, les survivants touchent enfin terre à l’aube.

Le rivage de toutes les tentations

C’est ici que l’histoire prend un tournant plus social. Une fois le jour levé, le spectacle sur la côte est impressionnant : la mer est littéralement couverte de débris de bois et de centaines de ballots de tabac.

Bien que les douaniers, fidèles à leur réputation, se soient démultipliés pour surveiller la zone, ils n’ont pas pu tout protéger. L’occasion était trop belle pour les riverains de Kerlouan et de Guissény. Une partie non négligeable de la cargaison et des morceaux du navire a rapidement « trouvé preneur » dans les communes voisines.

Le réveil de la justice

L’autorité n’a pourtant pas tardé à réagir. Des perquisitions ont été lancées immédiatement dans les fermes alentours. Le résultat ne s’est pas fait attendre : on a retrouvé le tabac un peu partout, parfois enfoui à la hâte dans les jardins ou les champs, parfois caché avec soin sous la paille des greniers.

Finalement, vingt-et-un habitants ont dû répondre de ces « coupables soustractions » devant le tribunal correctionnel de Brest. L’ambiance à l’audience était d’ailleurs assez singulière. M. Terrier-Delaistre, l’avocat du roi, a certes réclamé la sévérité contre les voleurs, mais il a tenu à souligner un point d’honneur : si les riverains ont succombé à la tentation du butin, ils ont fait preuve d’une humanité exemplaire envers les naufragés. Partout, les marins épuisés ont trouvé des soins, de la nourriture et un abri.

Le verdict

Au terme du procès, le tribunal a tranché : dix-huit prévenus ont été condamnés à des peines d’emprisonnement de quelques jours à quelques semaines, tandis que trois autres ont été relaxés.

Ce naufrage du Jacques reste un témoignage puissant de la vie maritime d’autrefois. C’est l’histoire d’une corde qui ne rompt pas, d’hommes qui s’entraident face à la mort, mais aussi d’une misère paysanne qui, face à une mer jonchée de richesses, ne peut s’empêcher de tenter sa chance, malgré les risques. Une mer qui réserve parfois des surprises plus étranges encore, comme l’échouage du cachalot de Kerlouan.

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