Hameau de Croas-ar-Gall à Guissény, Finistère, secret macabre XIXe siècle
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Sous la terre de Croas-ar-Gall, le secret macabre de Guissény

C’est une histoire qui semble sortie d’une autre époque, et pourtant, elle fait encore froid dans le dos quand on l’imagine. Essayez de vous projeter dans cette nuit-là, balayée par un vent du large glacial et des averses de grêle. On aperçoit une file indienne qui progresse lentement dans l’obscurité, sur les sentiers qui mènent à Croas-ar-Gall. Il y a de tout : des hommes, des femmes, des anciens et même des enfants, tous guidés par la petite lueur tremblotante d’une lanterne. C’est étrange ce besoin de voir l’horreur de ses propres yeux, comme si la curiosité était finalement plus forte que la peur.

Une atmosphère pesante sur le plateau

Juste après la chapelle de Brendaouez, à quelques kilomètres du bourg de Guissény, la haute croix en granit se découpe dans la nuit à chaque flash du phare de l’île Vierge. C’est un endroit que tout le monde connaît ici, un plateau exposé aux vents où les lumières d’Ouessant et de l’île de Batz se croisent à l’horizon. Mais ce soir-là, plus les gens approchent, plus les pas se font lourds et les silhouettes se serrent les unes contre les autres.

Le chemin est étroit, il mène à une simple barrière de branches qui ferme l’accès à un champ. Sans la lampe, on ne devinerait même pas le talus. La terre est meuble, elle a été retournée récemment et on s’y enfonce jusqu’aux chevilles. Puis, après une rangée de choux, la maison apparaît. Elle est basse, simple, un rez-de-chaussée plutôt soigné. Il y a même une petite Vierge en porcelaine dans une niche vitrée, juste entre la porte et la fenêtre. Tout a l’air normal, mais la maison est vide. Son propriétaire, Claude Gourvennec, un journalier de 55 ans, est parti au marché de Lesneven. Sa femme, Françoise, ne reviendra jamais. On a retrouvé son corps à trois mètres de là, enterré sous quarante centimètres de terre.

Les gens s’agglutinent autour de cette fosse. Le corps est toujours là, vaguement caché par des pierres et des ronces pour éviter que les renards ne s’en approchent. On sent cette odeur de mort, insoutenable, qui s’échappe du trou. On reste un instant, on frissonne, puis on repart avec ce sentiment de malaise qu’on était pourtant venu chercher.

La découverte macabre

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut savoir que Claude Gourvennec n’était pas un homme facile. Presque sourd depuis qu’une mine lui avait sauté au visage vingt ans plus tôt, il travaillait dans une carrière pour le maire du coin. En novembre 1921, des outils disparaissent sur le chantier, notamment une lourde masse. Évidemment, on soupçonne Gourvennec, car il se vantait d’avoir caché un beau pactole de matériel chez lui.

Le 10 janvier 1922, profitant qu’il soit parti à la foire, trois collègues décident d’aller voir de plus près. Ils entrent dans le champ et remarquent un drôle de renflement près d’une remise, caché sous des ronces sèches avec une fourche plantée au milieu. Ils commencent à creuser et, très vite, l’horreur surgit : un crâne, de longs cheveux, de la chair en décomposition. C’est le corps d’une femme, entièrement nue, enterrée face contre terre. L’alerte est donnée immédiatement.

À vrai dire, la disparition de Françoise Gourvennec ne surprenait personne depuis septembre. Le couple se disputait tout le temps et elle était déjà partie plusieurs fois. Claude racontait à qui voulait l’entendre qu’elle était partie travailler du côté de Lambézellec.

Un homme de glace face au crime

L’arrestation a lieu vers 16h30, quand Claude rentre tranquillement de Lesneven à Croas-ar-Gall. On le traîne devant la fosse, mais l’homme reste de marbre. Ses explications sont lunaires : il prétend que sa femme était toujours ivre, qu’elle a creusé le trou elle-même et qu’elle s’est installée dedans, avant que les renards et les lapins ne la recouvrent de terre.

Devant une telle mauvaise foi, les gendarmes l’enferment à la mairie. Mais l’homme a du ressort : dans la nuit, il brise la serrure pour tenter de s’enfuir. Il faudra le maîtriser de force et le ligoter pour qu’il reste tranquille.

L’insoutenable vérité de l’autopsie

Le lendemain, les experts arrivent de Brest. Ce qu’ils découvrent en sortant le corps est terrifiant. Ce n’est pas juste un meurtre, c’est un massacre. Françoise n’a plus d’avant-bras, son buste est criblé de plus de cinquante coups de couteau. Les côtes sont enfoncées, le cœur est littéralement déchiré. L’assassin s’est acharné avec une violence inouïe, utilisant probablement la masse volée ou ses propres sabots pour broyer sa victime.

À l’intérieur de la maison, on retrouve les armes du crime : la masse, des couteaux, une fourche avec des traces suspectes. Et quand on confronte Gourvennec au cadavre de sa femme, il se contente de ricaner en disant que ce sont les rats qui ont fait ces trous. Quand on lui demande s’il a un cœur, il lâche simplement qu’il aurait préféré qu’elle soit vivante pour s’occuper de ses affaires.

Le verdict tombe

Le procès, en juillet 1922, ne laisse place à aucun doute. Les voisins défilent pour raconter le calvaire de Françoise, les menaces de mort et la peur qu’elle éprouvait. Gourvennec tente de jouer le sourd et le fou, mais personne n’est dupe. L’accusation décrit un acharnement monstrueux : 64 blessures au total.

Malgré une défense qui tente de plaider l’irresponsabilité, le jury n’hésite pas. En dix minutes, le sort de Claude Gourvennec est scellé. Il passera le reste de ses jours aux travaux forcés. Il accueille la nouvelle sans un mot, sans un cillement. C’est ainsi que se referme cette page sanglante de l’histoire de Guissény, laissant derrière elle le souvenir d’une violence brutale cachée sous le toit d’une maison de Croas-ar-Gall pourtant si tranquille d’apparence.

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