Village de Plounéour-Trez, Finistère nord, Pays Pagan
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Soudain une plaisanterie tourne au meurtre : le drame de Plounéour-Trez

Plounéour-Trez, Finistère nord. Dimanche 26 juillet 1891. En début de soirée, rien ne distingue ce bourg rural des autres communes du Léon. Les travaux des champs touchent à leur fin, on s’attarde devant les maisons, on parle de tout et de rien. Chez Joseph Falhun, cultivateur de 50 ans, la porte est ouverte.

Falhun n’est pas un homme comme les autres. Solitaire, peu sociable, souvent armé, il inquiète. On le croise la nuit, fusil ou pistolet à portée de main. Le village le sait ombrageux, imprévisible. Mais ce soir-là, quatre hommes entrent chez lui sans crainte. Ils viennent « causer un brin ».

Il y a Yves Le Joly, 30 ans. Jacques Abautret, 17 ans. Jean-Marie Gavarec, 14 ans. Et Jean-Marie Kerlidou, 38 ans. L’ambiance est légère. On plaisante. On se moque gentiment de la barbe de Falhun. On lui propose de la couper. Falhun rit. Il répond qu’il se rasera bien tout seul. Pendant quelques minutes, tout semble normal.

Puis les choses changent.

Au bout d’un quart d’heure, les trois plus jeunes quittent la maison. Kerlidou reste. Personne ne sait vraiment pourquoi. Quelques minutes passent. Devant la porte, Le Joly, Abautret et Gavarec discutent encore quand ils entendent des voix à l’intérieur. Le ton monte. Ils voient Kerlidou se rapprocher de la sortie. La plaisanterie a cessé.

La plaisanterie a cessé

À l’intérieur, Falhun s’est saisi d’un maillet. La remarque de trop, un geste mal interprété. Puis le fusil. Accroché à une poutre, il est décroché. Les deux hommes se font face, chacun tenant l’arme. Falhun interroge Kerlidou d’une voix dure : que fait-il ici ? Kerlidou recule, apeuré. Il tente de calmer la situation.
Il dit qu’il n’est pas venu pour voler. Qu’il le considère comme un camarade.
Il répète : « Mets le fusil à sa place et je sortirai. » La détonation interrompt tout.

Yves Le Joly accourt. En entrant, il découvre Kerlidou étendu près de la porte, dans une mare de sang. Falhun est encore sur lui. Il le frappe à coups de crosse. Il crie : « Veux-tu bien t’en aller ! » Le Joly ressort prévenir le maire.

« Qu’as-tu fait ? »

Le bruit du coup de feu a déjà attiré des voisins. Marie Donval, couturière, entre à son tour. Elle voit le corps, comprend immédiatement. Elle s’adresse à Falhun :
« Qu’as-tu fait ? » Il répond : « J’ai été forcé. »

Personne n’ose l’approcher. Le curé du village tente d’entrer pour porter secours, mais Falhun est toujours armé. Il faudra l’arrivée de René Scornec, tailleur de pierres, accompagné de deux hommes, pour que la situation se débloque. Falhun tente alors de sortir. Il sort un pistolet de sa poche. L’arme lui est arrachée. Il se laisse ligoter sans résister.

Quand on revient vers Kerlidou, il est trop tard. Le coup l’a tué net.

Le lendemain, Falhun est conduit à la maison d’arrêt de Lesneven, puis transféré à Brest. Menottes aux poignets, encadré par des gendarmes. Il nie être un meurtrier. Son récit est confus. Selon lui, c’est Kerlidou qui aurait saisi le fusil. Le coup serait parti accidentellement. Le pistolet ? Il n’aurait servi qu’à faire peur.

Responsable ?

L’enquête, elle, dresse un autre portrait. Celui d’un homme craint dans tout le pays. On rappelle les sorties nocturnes, les armes toujours prêtes. Deux ans plus tôt, une menace au fusil lors d’une dispute avec un voisin. Les témoignages convergent.

Jean-Marie Kerlidou était marié. Sans enfant. Une vie ordinaire, brutalement interrompue.

L’affaire semble simple. Un homicide, un procès à venir. Mais l’instruction prend une direction inattendue. Les médecins parlent d’aliénation mentale. Les interrogatoires confirment un esprit instable, des propos incohérents. La colère, la peur, la violence incontrôlée.

Le 10 octobre 1891, la décision tombe. Ordonnance de non-lieu. Joseph Falhun est déclaré pénalement irresponsable. Il ne sera pas jugé. Il est interné à l’asile d’aliénés de Quimper.

À Plounéour-Trez, on n’oubliera pas. On se souviendra longtemps de ce dimanche d’été où une plaisanterie banale, un rire échangé entre voisins, a fait basculer un village entier dans le silence et la stupeur.

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