Goulven rails
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Jeu dangereux sur les rails : un déraillement évité de justesse à Goulven

Il est 2 h 35 du matin ce 3 octobre 1895, lorsque Jules Gourdelier, mécanicien de 37 ans, prend les commandes du train n°2 au départ de Plounéour-Trez. La nuit est noire, les campagnes bretonnes encore endormies. Rien ne laisse présager le danger sur les rails.

Pourtant, à environ 700 mètres après la station de Goulven, au kilomètre 24, une anomalie attire son attention : deux grosses pierres sont posées en travers de la voie.

Le geste du mécanicien est immédiat. Il stoppe le convoi avant tout impact, descend, et retire les obstacles. L’incident est évité de justesse. Car il ne fait aucun doute sur l’intention : ces pierres n’ont pas été déposées là par hasard. Leur position trahit une volonté claire de provoquer un déraillement.

Un précédent troublant sur les rails

Ce n’est pas la première alerte pour Gourdelier. La veille déjà, aux commandes du train n°5 arrivant à Goulven à 7 h 45, il avait ressenti une secousse inhabituelle au même endroit.

Arrivé en gare, le constat est inquiétant. Le robinet purgeur du cylindre, situé à l’extérieur de la locomotive, à hauteur du chasse-pierres, est brisé. Un incident technique qui, rétrospectivement, prend une toute autre dimension. Était-ce déjà une tentative de sabotage ?

L’hypothèse s’impose. Quelqu’un s’en prend délibérément à la ligne.

L’enquête de la gendarmerie

Alertée, la gendarmerie ouvre une enquête. En cette fin du XIXe siècle, les actes de malveillance contre les chemins de fer restent rares mais redoutés. Le réseau ferroviaire, encore en plein essor, incarne à la fois le progrès et une certaine vulnérabilité.

Les investigations progressent rapidement. Les indices, les témoignages, peut-être aussi les confidences d’enfants, conduisent à une conclusion inattendue.

Le responsable n’est ni un saboteur chevronné, ni un criminel animé de desseins obscurs.

Des coupables… en culottes courtes

L’auteur des faits est identifié. C’est un enfant de neuf ans, le jeune Jérôme Madec. Il n’a pas agi seul. Deux camarades de son âge l’auraient accompagné dans cette entreprise aussi inconsciente que dangereuse.

Le mobile ? Il demeure flou. Jeu ? Défi ? Curiosité mal maîtrisée face aux machines impressionnantes que sont les locomotives ? À cet âge, la frontière entre amusement et péril est parfois imperceptible.

Le train patates

Le train des Primeurs, surnommé localement le « train patates », a longtemps marqué la vie de Goulven et des communes voisines. Mis en service sur la ligne des Chemins de fer départementaux du Finistère, il permettait d’acheminer rapidement les pommes de terre, les choux-fleurs, les oignons et autres productions maraîchères de la Côte des Légendes vers les marchés de Brest, puis vers le reste de la France. Pendant la saison des récoltes, les wagons se remplissaient dès l’aube et rythmaient le quotidien des cultivateurs comme des habitants. Bien plus qu’un simple moyen de transport, ce train a contribué au développement économique de la région en offrant un débouché essentiel aux producteurs locaux, avant de disparaître progressivement avec l’essor du transport routier au milieu du XXᵉ siècle.

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