Frégate Blanche
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Le dernier voyage de la Blanche : le naufrage oublié de la Royal Navy à Plouguerneau

Dans la nuit du 4 au 5 mars 1807, les habitants de la côte du Léon assistent à un spectacle aussi impressionnant que dramatique. Au large de Plouguerneau, une frégate de la Royal Navy vient s’écraser sur les récifs, entre les fortifications qui protègent les approches de Brest. Le bâtiment s’appelle HMS Blanche.

Quelques heures plus tôt, il croisait encore dans les eaux bretonnes ; au lever du jour, il n’est plus qu’une épave. Cet accident, survenu en pleine guerre entre la France napoléonienne et la Grande-Bretagne, est d’autant plus intéressant qu’il ne résulte ni d’un combat naval ni d’une tempête exceptionnelle. Derrière ce naufrage se cache une histoire faite de prises de guerre, d’erreurs de navigation et d’une enquête qui révélera une cause pour le moins inattendue.

Une frégate au destin mouvementé

La Blanche n’est d’ailleurs pas un navire britannique à l’origine. Construite pour la marine espagnole sous le nom d’Amfitrite, elle navigue aux côtés des alliés de la France lorsque son destin bascule en novembre 1804. Au large de Cadix, elle est repérée par le vaisseau anglais HMS Donegal. Une longue poursuite s’engage et dure près de deux jours.

Lorsque la frégate espagnole perd son mât d’artimon, elle ne peut plus échapper à son poursuivant. Le combat est bref : huit minutes suffisent pour décider de l’issue de l’affrontement. Le capitaine espagnol est tué et l’Amfitrite est capturée. Incorporée à la Royal Navy, elle conserve d’abord son nom avant d’être rebaptisée HMS Blanche en décembre 1805.

Le navire poursuit alors sa carrière sous pavillon britannique et connaît même un succès notable en s’emparant de la frégate française Guerrière en 1806. Rien ne laisse alors présager qu’elle disparaîtra moins d’un an plus tard sur les côtes bretonnes.

Une côte redoutée des marins

Au début du mois de mars 1807, la Blanche croise au large d’Ouessant. Cette partie de la Bretagne est réputée pour être l’une des plus dangereuses d’Europe. Les courants sont puissants, les hauts-fonds nombreux et les changements de temps parfois rapides. Dans la soirée du 4 mars, le capitaine Thomas Lavie pense se trouver à bonne distance de la côte. Pourtant, vers onze heures, la frégate vient heurter les récifs de Plouguerneau et s’échoue entre deux batteries côtières. L’événement ne passe pas inaperçu. Quelques jours plus tard, la Gazette de France en rend compte en ces termes :

« Dans la nuit du 4 au 5 mars 1807, à onze heures du soir, la frégate anglaise la Blanche s’est perdue entre deux forts, sur la côte de Plonguerneau. »

Le journal précise que le navire est armé de 38 canons et de six caronades et qu’il transporte près de trois cents hommes, officiers et soldats compris. Les chiffres varient légèrement selon les sources. La Gazette de France fait état d’une trentaine de victimes, tandis que les archives britanniques dénombrent quarante-cinq morts, dont vingt Royal Marines. Dans les deux cas, tous les officiers, y compris le capitaine Lavie, parviennent à sauver leur vie.

Le naufrage de la Blanche n’est que le début

Pour les survivants, l’épreuve est loin d’être terminée. Recueillis par les autorités françaises, ils sont conduits jusqu’à Brest, à une cinquantaine de kilomètres de là. Le voyage se fait sous escorte, avant leur internement dans l’hôpital maritime puis dans les dépôts de prisonniers de guerre.

Nous sommes alors au cœur des guerres napoléoniennes et les échanges de prisonniers restent limités. Les marins de la Blanche vont donc passer de longues années en captivité. Ce n’est qu’en 1814, après la chute de Napoléon, qu’ils pourront enfin rentrer en Grande-Bretagne. Pour beaucoup d’entre eux, la perte du navire marque ainsi le début d’une détention de près de sept ans.

Une enquête aux conclusions surprenantes

Comme il est d’usage dans la Royal Navy, la perte d’un bâtiment entraîne la comparution de son commandant devant une cour martiale. Le capitaine Thomas Lavie et ses officiers doivent donc rendre compte des circonstances du naufrage. Le jugement, prononcé le 2 juin 1814, réserve une surprise.

L’enquête conclut que plusieurs pièces métalliques installées sous le demi-pont avaient perturbé les compas du navire. Les montants en fer, les manivelles et diverses ferrures auraient créé des déviations magnétiques suffisamment importantes pour fausser les relèvements et entraîner une erreur de navigation. Autrement dit, le capitaine croyait suivre une route sûre alors que son bâtiment dérivait progressivement vers les récifs.

Considérant que ce défaut était inconnu de l’équipage et impossible à détecter dans les conditions de l’époque, la cour martiale acquitte honorablement Thomas Lavie et ses officiers. Cette décision est intéressante car elle témoigne des limites techniques de la navigation au début du XIXe siècle. Avant que les effets du métal sur les compas soient parfaitement compris, un simple défaut d’installation pouvait avoir des conséquences dramatiques.

Une histoire à la croisée de la guerre et de la mer

Le destin de la Blanche résume à lui seul une partie des guerres maritimes de l’époque napoléonienne. Ancienne frégate espagnole capturée par les Britanniques, victorieuse face à un navire français, elle finit par être vaincue non par un ennemi, mais par une combinaison de circonstances, de récifs et d’une erreur de navigation dont les causes n’apparaîtront que plusieurs années plus tard.

Pour la Royal Navy, il représente la perte d’un bâtiment expérimenté et le début d’une longue captivité pour plus de deux cents marins. Deux siècles plus tard, cette épave rappelle une réalité souvent oubliée des guerres napoléoniennes : sur les mers, le danger ne venait pas uniquement des canons adverses. Une côte mal évaluée, un compas défaillant ou une nuit sans repères pouvaient suffire à condamner l’un des meilleurs navires de son temps.

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