Un hydravion coule dans la baie de Goulven
Le 14 juin 1932, le ciel du Finistère Nord n’était pas vraiment d’humeur à coopérer. Au-dessus de la baie de Goulven, une brume épaisse et collante avait fini par effacer la côte, transformant le paysage en un grand mur blanc. C’est dans ce coton qu’un hydravion, venu de Brest, s’est retrouvé piégé aux alentours de onze heures. Sans aucune visibilité, l’équipage n’a pas eu d’autre choix que de jouer la carte de la prudence : il fallait se poser, et vite.
Mais on le sait, en mer, même une décision prudente peut mal tourner en un instant.
Un amerrissage qui tourne au drame
Au moment où l’appareil a touché l’eau, tout a basculé. Un mauvais appui, un déséquilibre, et voilà qu’une aile percute violemment la surface. Les pilotes ont bien tenté de redresser la barre, luttant contre le poids de l’avion et la force des vagues, mais l’inertie était trop forte. En quelques secondes, l’engin, devenu totalement incontrôlable, s’est mis à dériver vers le rivage.
La suite a été très rapide. L’aile, coincée sous les flots, a agi comme une ancre, entraînant tout le fuselage vers le bas. L’eau s’est engouffrée partout, et l’hydravion a fini par s’enfoncer pour de bon dans la baie.
Les pêcheurs portent secours à l’équipage
Heureusement, la chance était au rendez-vous ce jour-là. Comme l’accident s’est produit juste à côté de la côte, les secours n’ont pas traîné. Des pêcheurs du coin, qui avaient tout vu depuis leurs barques, se sont immédiatement précipités sur les lieux. Grâce à leur réactivité, les aviateurs ont pu regagner la terre ferme, sains et saufs, avec sans doute une belle frayeur mais aucune blessure grave.
Dans l’après-midi, un véhicule de la préfecture maritime est venu les récupérer pour les ramener à Brest. Quant à l’avion, bien qu’englouti, il restait l’espoir de le sortir de là dans les jours suivants.
Un épisode oublié de l’aviation maritime
C’est le genre de petite histoire oubliée qui nous rappelle qu’à cette époque, l’aviation maritime était une véritable aventure. Aujourd’hui, cet accident est presque tombé dans l’oubli. Pourtant, il illustre parfaitement les risques auxquels étaient confrontés les pionniers de l’aviation maritime. Chaque vol dépendait autant du savoir-faire des pilotes que des caprices de la météo. Des incidents comme celui de la baie de Goulven rappellent combien les progrès réalisés depuis un siècle ont profondément transformé la sécurité aérienne.
La base d’hydravions de Brest-Laninon
En novembre 1916, la Marine française crée à Brest un Centre Aéronautique Maritime sur le terre-plein des Quatre-Pompes, à Saint-Pierre-Quilbignon : hydravions, ballons captifs et dirigeables (ces derniers à Guipavas).
Après l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, l’US Navy reprend le site en janvier 1918 et en fait sa plus importante base d’hydravions en France : quatre hangars, des Curtiss H-16 puis HS-2L montés sur place, un slipway en béton, 53 officiers et 486 marins. Sous le commandement du capitaine Corry, ces appareils traquent les sous-marins allemands autour de la rade jusqu’à l’Armistice.
En 1919, la base revient à l’Aviation Maritime française, qui y transfère aussi les moyens du centre de Camaret. Elle fonctionne activement pendant quinze ans, mais le site vieillit mal : hangars fragiles, slipway rongé par la houle, et surtout l’encombrement futur du port militaire.
Dès 1928, une nouvelle base transatlantique est projetée à Lanvéoc-Poulmic. Le transfert s’achève en 1936, marquant la fin de Laninon comme base aéronavale. Le terre-plein libéré connaît ensuite un destin tragique : à partir de 1940, l’occupant allemand y construit la base de sous-marins de Brest, réutilisant l’emplacement et sa proximité avec la rade-abri de l’arsenal.