En 1905, la famille de Didi vivait dans une galerie creusée dans les dunes de Peleuz
Août 1905. Juste après le bourg de Plounéour-Trez, sur les dunes de Peleuz, face à l’immense grève de la baie de Goulven, un abri peu ordinaire attire l’attention des visiteurs. Là vit une famille de pêcheurs dans des conditions qui semblent aujourd’hui presque inimaginables. Le chef de famille, un pêcheur connu sous le surnom de Didi, partage cette existence avec sa femme et leurs six enfants. L’aîné n’a que treize ans.
Comme beaucoup de familles vivant alors des ressources de la mer, les revenus de la pêche sont fragiles. Ils ne suffisent pas toujours à assurer le quotidien, encore moins à payer le loyer d’un logement. Alors, il y a près de trois ans, Didi a trouvé une solution aussi surprenante que désespérée : creuser directement dans la dune. C’est ainsi qu’une galerie aménagée dans le sable est devenue le refuge de toute la famille.
Terrés comme des lapins à Peleuz
La Dépêche de Brest, qui raconte cette histoire dans son édition du 15 août 1905, suite à un courrier de lecteur, décrit avec une certaine rudesse cette famille « terrée comme des lapins », sous la surveillance d’un jeune chien. Derrière la formule, se dessine pourtant une réalité sociale particulièrement dure. À la Belle Époque, tandis que les côtes bretonnes commencent à attirer de plus en plus de touristes et que les stations balnéaires se développent, certaines familles de pêcheurs vivent encore dans une extrême précarité. La mer fournit leur subsistance, mais elle ne garantit ni des revenus réguliers ni un logement décent.
Quand la misère devient une curiosité touristique
L’article invite les touristes qui parcourent les côtes bretonnes à venir découvrir cette « demeure primitive ». La misère de la famille devient ainsi, paradoxalement, une curiosité pour les visiteurs. Mais derrière cette invitation se trouve aussi un appel à la solidarité. Le journal espère que les touristes ne repartiront pas sans laisser quelques pièces ou quelques dons à la famille. L’objectif est de permettre à Didi, grâce aux dons recueillis pendant la belle saison, de construire avant l’hiver une petite chaumière où ses enfants pourraient enfin vivre à l’abri. Le lecteur va jusqu’à imaginer que cette humble maison deviendrait, aux yeux des enfants, une véritable « splendide villa ».
Les contrastes de la Bretagne de 1905
Ce court article, paru en plein mois d’août, nous offre donc bien davantage qu’une anecdote pittoresque. Il témoigne des contrastes de la Bretagne au début du XXᵉ siècle : d’un côté, les touristes découvrant les paysages sauvages du littoral ; de l’autre, des familles qui vivent au plus près de cette même nature, parfois dans des conditions de grande pauvreté.