Naufrage Asia Brignogan 1852
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Le naufrage de l’Asia : une terrible nuit sur les rochers de Pontusval

Dans la nuit du 16 au 17 décembre 1852, une violente tempête jette un grand trois-mâts anglais sur les rochers de Pontusval, sur la côte nord du Finistère. Le navire, l’Asia, vient de Liverpool et fait route vers Mobile, aux États-Unis. À son bord, vingt hommes d’équipage et une cargaison de sel. Au terme d’une nuit apocalyptique, le bâtiment est réduit en morceaux. Dix-sept marins survivent pourtant au naufrage, grâce à un extraordinaire concours de circonstances et surtout au courage des hommes de la douane venus leur porter secours.

Une tempête qui ne laisse aucune chance

L’Asia est un trois-mâts anglais de 647 tonneaux, commandé par le capitaine Mac Cutcheon. Il a quitté Liverpool à destination de Mobile, dans l’Alabama, avec environ 2 000 sacs de sel à son bord. Lorsque survient la tempête du 16 au 17 décembre, le navire se trouve au large de Pontusval. La mer est déchaînée et les rochers qui hérissent l’entrée du port constituent un piège redoutable. Vers six heures du soir, l’Asia est précipité sur l’un des plus importants rochers. Le bâtiment est alors balloté d’un récif à l’autre pendant plusieurs heures. Jusqu’à dix heures, la coque résiste encore tant bien que mal à la violence des flots.

Puis le navire se brise. La violence du choc est telle que le bâtiment est littéralement mis en pièces. Une partie de l’épave reste sur les rochers, tandis que la poupe et le rouffle (la partie arrière aménagée du navire) se retrouvent séparés du reste du bâtiment. La côte est bientôt couverte de débris. Les éléments de bois qui composent la construction d’un navire de cette taille sont fracassés en milliers de morceaux, que la mer disperse sur le rivage.

Vingt hommes pris au piège

L’équipage compte vingt hommes. Lorsque le navire se rompt en deux, plusieurs marins disparaissent. Les survivants parviennent à s’agripper à la partie arrière du bâtiment, qui leur sert de radeau improvisé. Dans l’obscurité, leurs cris de détresse sont entendus depuis la terre, malgré le vacarme de la tempête et de la mer. Le spectacle est particulièrement dramatique. En effet, à une centaine de brasses environ, la partie arrière de l’Asia dérive séparée de l’avant. Les hommes qui s’y sont réfugiés sont toujours exposés aux vagues et risquent à tout moment d’être emportés. À Pontusval et à Plounéour-Trez, les douaniers comprennent rapidement qu’il faut intervenir.

Le courage de Gabriel Leroux

Le sauvetage ne peut commencer véritablement que vers minuit. Parmi les hommes qui se portent au secours des naufragés se trouve Gabriel Leroux, sous-brigadier des douanes. Pour atteindre les marins, il doit avancer de rocher en rocher, au milieu d’une mer furieuse. Il s’avance jusqu’à avoir de l’eau jusqu’au-dessous des aisselles.

La manœuvre est extrêmement dangereuse. À chaque instant, une vague peut l’emporter et le précipiter dans les flots. Mais Leroux réussit à atteindre une position suffisamment proche de l’épave. Une corde est alors jetée aux naufragés. L’un après l’autre, les marins peuvent être tirés vers le rivage. Derrière Leroux, ses camarades forment une véritable chaîne humaine afin de réceptionner les hommes sauvés. La lumière joue également un rôle essentiel. Dans cette nuit noire, Rolland, aubergiste de Plounéour-Trez, tient une lanterne pour éclairer la scène et permettre aux sauveteurs de distinguer les naufragés et les rochers.

Treize hommes sauvés, puis quatre autres

La première opération permet de sauver treize hommes. Épuisés et transis de froid, les naufragés trouvent alors refuge auprès des habitants et des employés des douanes. L’un des employés, Le Roux, leur ouvre notamment son logement. Ils y reçoivent du linge, des vêtements, de la nourriture et surtout la chaleur qui leur manque après des heures passées dans une mer glaciale.

Mais le sauvetage n’est pas terminé. Quatre autres marins ne sont récupérés que deux heures plus tard. La mer étant encore trop dangereuse, ils restent quelque temps sur leur radeau de fortune, attendant que les conditions permettent de rejoindre la terre. Ils ne parviennent finalement à descendre qu aux environs d’une heure du matin. Au total, dix-sept hommes survivent au naufrage. Trois autres membres de l’équipage sont malheureusement emportés par les vagues lorsque le navire se disloque. Leurs corps ne sont pas retrouvés dans l’immédiat.

L’équipage rapatrié

Au matin, l’Asia, imposant trois-mâts de 647 tonneaux, n’est plus qu’une épave. Sa cargaison et les éléments de sa construction ont été complètement dispersés par la tempête. Des milliers de morceaux de bois jonchent le littoral, témoignant de la puissance de la mer et de la violence des chocs subis pendant les heures précédentes. La marine entreprend alors les opérations de récupération des débris. Les survivants, eux, sont dirigés vers Morlaix, d’où ils doivent être rapatriés. Quelques jours plus tard, les dix-sept hommes de l’équipage survivants sont ramenés au Havre par un bateau de Morlaix.

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