Le drame de Pont-Christ : cinq vies emportées au retour de la foire de Lochrist
14 septembre 1825. À Pont-Christ, un canot trop chargé chavire dans les eaux de la baie. Cinq personnes périssent. Deux hommes se jettent à l eau à plusieurs reprises et sauvent sept naufragés.
Le mercredi 14 septembre 1825, la foire de Lochrist avait attiré son lot de cultivateurs, de marchands, de femmes venues vendre ou acheter quelque étoffe, quelque denrée, ou simplement profiter de l’animation de ce grand pardon du Léon. À la tombée du jour, pourtant, la fête allait laisser place au drame.
Il est environ 18 heures lorsque plusieurs personnes, rentrant de la foire, arrivent au passage de Pont-Christ, à la limite de Plouescat et de Plounévez-Lochrist. À cette époque, le paysage n’est pas celui que nous connaissons aujourd’hui. La baie du Kernic pénètre beaucoup plus profondément dans les terres et, lorsque la mer est haute, le passage de Pont-Christ constitue un véritable bras de mer. Le pont et la digue qui rendront plus tard le franchissement beaucoup plus sûr n’existent pas encore.
La traversée se fait alors en bateau. Ce soir-là, les passagers prennent place dans un canot. Ils sont trop nombreux.
Un passage banal qui tourne au cauchemar
Au milieu de la traversée, l’embarcation ne résiste pas à la charge. Le canot sombre brusquement. En quelques instants, hommes et femmes se retrouvent dans l’eau. Mais le drame aurait pu être encore plus terrible sans l’intervention de deux hommes présents sur les lieux : le sieur Faydel, receveur de l’Enregistrement à Plouescat, et le sieur Lesaint, cultivateur de Sibiril. L’un comme l’autre n’hésitent pas. Ils se jettent à l’eau. Puis recommencent. Quatre fois de suite, selon un quotidien qui rapporte l’événement. Le geste est d’autant plus remarquable que les sauveteurs doivent eux-mêmes affronter le danger du passage, alors que les naufragés luttent dans une eau où vêtements lourds et chaussures entravent leurs mouvements. Et à cette époque, trsè peu de gens savaient nager.
Faydel parvient à ramener quatre personnes sur la rive. Lesaint en sauve trois. Sept vies sont ainsi arrachées au naufrage. Mais cinq autres passagers ne survivront pas.
Cinq victimes
Le registre des décès de Plouescat permet de retrouver le nom de quatre victimes. Figure Yves Lesteven, jeune soldat originaire de Sibiril. Il est le fils de Philippe Lesteven, tisserand. Le naufrage emporte également Paul Labous, cultivateur âgé de 32 ans, établi à Plouescat mais né à Plounévez-Lochrist. Une autre victime est Marie Le Boulch, âgée de seulement 19 ans, lingère à Plouescat. Meurt également Jean Le Deveder, aide-cultivateur, âgé de 22 ans. Une cinquième victime, une jeune fille, est mentionnée dans le récit du naufrage, mais son identité ne nous est pas encore connue avec certitude.
Pont-Christ, un passage redouté
Pour comprendre l’accident, il faut imaginer le Pont-Christ de 1825. Le passage est alors loin d’être facile. Une ancienne tradition locale le décrit comme un endroit particulièrement dangereux. À marée haute, les flots recouvrent les terres et transforme le passage en large bras de mer. Ce n’est que plus tard que les travaux entrepris dans la région vont profondément modifier le paysage.

En 1829, quelques années seulement après le naufrage, Paul Testard du Cosquer fait construire un remblai entre Pont-Christ et Kerdézant. Une nouvelle étape intervient ensuite avec les travaux de digues qui vont progressivement gagner des terres sur la mer. Le paysage du Kernic que nous connaissons aujourd’hui est donc en grande partie le résultat de ces transformations du XIXe siècle.
En 1825, ces aménagements n’existent pas encore. Pour les habitants qui rentrent de la foire, traverser Pont-Christ en bateau est donc une nécessité. La foire de Lochrist elle-même est profondément enracinée dans la vie locale. Elle se tenait notamment autour de la chapelle de Lochrist et comprenait un marché aux chevaux. Un champ situé près de Kergongar, appelé Plas Arc’Hezeg, est encore associé dans les sources patrimoniales à cette foire.
Le 14 septembre était ainsi une date importante dans le calendrier du pays. Cette année-là, elle devint une date de deuil.